Description
Extrait de l'introduction
La mère. - Vous m'énervez tous les deux, je suis bien obligée de comparer ! J'ai eu deux garçons, je les ai élevés de la même façon, et c'est le jour et la nuit.
Betty. - Oui, on est au courant, maman, tout le monde est au courant. Par le plus grand des hasards Philippe est merveilleux, et Henri est un con. C'est très simple à retenir.
Denis, en aparté à Betty. - Et toi ?
Betty.- Quoi ?
Denis. - Tu es quoi, toi ?
Betty. - Moi ?... Je suis une fille. Ce n'est pas noté pareil.
(Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, Un air de famille, «L'Avant-Scène théâtre», 1994, p. 68)
Prune a redoublé une classe de l'école élémentaire, c'est également le cas de Laurent. Tous deux éprouvent encore en sixième d'importantes difficultés avec les apprentissages scolaires. Cette situation, sans être fréquente, n'a rien d'exceptionnel. Pourtant, au regard de certaines caractéristiques de leurs parents et de ce que les statistiques nous apprennent du fonctionnement probable du monde social, leurs difficultés scolaires sont surprenantes : le père de Prune est ingénieur et les parents de Laurent sont tous deux professeurs agrégés. Depuis les premiers travaux sur les inégalités scolaires, chercheurs mais aussi enseignants et parents bien informés savent que l'origine sociale de ces deux collégiens «devrait» les tenir à l'écart de telles difficultés.
La sociologie de l'éducation française, qui s'intéresse depuis longtemps aux liens existant entre la scolarité des élèves et leurs caractéristiques familiales, a en effet montré depuis les années 1960-1970 que les élèves ont d'autant plus de chances de réussir scolairement qu'ils sont issus de catégories sociales supérieures. L'école est alors perçue comme le lieu où est évalué le résultat de la transmission culturelle au sein de la famille. Dans cette perspective, ces élèves font «fructifier» sur le «marché» scolaire, le «capital culturel» dont ils ont «hérité». Comment comprendre alors que certains de ces «héritiers», comme Prune et Laurent, ne semblent pas tirer tous les avantages de ces privilèges culturels ? Certains voient dans de telles situations les limites de l'explication sociologique.
Or, cet ouvrage propose justement une interprétation des situations de collégiens en difficulté scolaire issus de parents fortement diplômés. Il interroge la transmission familiale de manières de penser et d'agir proches de celles attendues par l'école, les dispositions «scolaires» faisant partie intégrante de cet héritage culturel. En référence à l'ouvrage fondateur de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, j'ai appelé ces collégiens des «méshéritiers». De même qu'une mésalliance suppose toujours une alliance (même atypique), le «méshéritage» suppose une forme d'héritage (aussi problématique puisse-t-il paraître). Les familles des méshéritiers ont en effet des propriétés scolairement rentables (comme la familiarité des parents avec la culture scolaire), mais la transmission de cet héritage peut être parasitée (par exemple par les expériences scolaires difficiles que les parents revivent à travers leurs enfants) ou affaiblie (notamment par la différence de sexe entre parent et enfant).
Avis des clients
Fonzie
Très bel ouvrage sur un thème peu abordé, l'échec scolaire chez les enfants de milieux favorisés. On ne peut qu'en faire l'éloge, le livre parvient à allier fluidité et complexité. Bien écrit, l'ouvrage se lit vite et facilement ; l'analyse quant à elle est bien poussée, et est complétée par des extraits d'entretien, des exemples et des statistiques. Un livre complet qui conviendra à tout adepte de la sociologie, et qui aide à comprendre le fonctionnement du destin scolaire de l'enfant.

Tidak ada komentar:
Posting Komentar